ARTS SONIQUES_L'enjeu disciplinaire : Enseigner les arts plastiques au risque de la musique contemporaine.

par Mathevet Frédéric

J'ai développé, depuis ma Licence, un travail artistique et théorique axé d'une part, sur les relations arts plastiques et musique contemporaine, et, d'autre part, sur le travail de l'artiste contemporain et de ses résonances avec le monde social qui l'entoure (et l'enseignement, n'en doutons pas, fait partie intégrante de ses résonances : "exotériser l'ésotérisme" disait Bourdieu).

Il ressort de ce travail pluridisciplinaire des notions pragmatiques qui, me semble-t-il, permettent de tracer une nouvelle possibilité de penser le travail artistique1, de ses structures profondes à ses possibles manifestations, et une méthodologie qui inclurait la "multiplicité", en dépassant le collage d'une histoire de l'art sur une pratique ou un ésotérisme esthétique et égocentré encore en vigueur chez beaucoup d'artistes et d'universitaires.

Cette méthodologie prend par ailleurs le temps de définir quel est le champ du travail artistique, mais le travail plastique est labile.

Alors, les notions de méta-atelier, de circonstances (scénarisées ou non), de gymnastiques plastiques (ou opérations plastiques) et d'usage social permettent de définir le travail artistique comme une activité sociale qui réalise un objet (ou non) appelé œuvre (matérialisée ou documentée) qui sera peut être "d'art", si les conditions multiples de réception de l'œuvre le décident.

En confrontant arts plastiques et musique, en particulier en faisant correspondre des catégories de gestes, de processus et de recherches de champ à champ, nous pouvons alors définir toutes les possibilités empiriques conditionnant l'apparition de l'œuvre et de son sens et toutes les limites de cette apparition d'art avec lesquelles les artistes aiment jouer (consciemment ou non).

J'ai toujours envisagé mes cours au collège sous la forme d'un grand atelier où les "élèves-artistes" questionnent les objets qu'ils donnent à voir. Il n'est pas question de remettre en cause ce principe mais d'y ajouter, en dépit des programmes (mais rassurez-vous ils seront très largement abordés), une approche pluridisciplinaire permettant aux élèves une approche théorique et artistique, différente et ancrée dans le monde contemporain, c'est-à-dire dans les images et les sons qui les entourent, et les dispositifs de médiation qui permettent cette profusion.

Un tel recours laisse apparaître les questions transversales auxquelles les élèves vont être confrontées : la technologie au sein de la diffusion de l'information et du divertissement, la question du goût et de ses rapports avec les facilités de réception, la question de l'objet d'art (quand apparaît-il?), la question du travail artistique (l'artiste ne propose-t-il que des distractions)... Liste de questions qui seront complétées par le travail des élèves eux-mêmes.

Pour réaliser ce projet d'une année, chaque élève se verra remettre un passeport qui servira de support aux cours et à leurs recherches.

Pré-requis :

_Les élèves savent reconnaître et utiliser les modes de mise en valeur dans une œuvre en deux ou trois dimensions.

_ Les élèves savent reconnaître et utiliser les principes de composition et d'organisation de l'œuvre en fonction d'une intention : cadrage, ligne de force, hiérarchisation, installation.

_ Les élèves savent reconnaître et utiliser les modalités courantes de production de sens: représenter, présenter, évoquer, exprimer, symboliser.

1_élèves chercheurs

A la fin de cette présentation, vous trouverez en annexe des "Modules", inventés pendant mes cinq années d'enseignement, qui proposent à l'élève de jouer le jeu de l'artiste et de le placer à chaque fois dans une situation de création différente. La première consiste à mener des expériences autour d'un même problème plastique, le résultat n'étant pas le plus important dans ce cas mais plutôt le moyen d'y parvenir, et le retour réflexif qu'impose le devoir de proposer une autre expérience.

2_élèves artistes

A la suite de ces expériences, un autre module, nommé "projet", place l'élève en situation de commande. Il doit prévoir et organiser son temps pour réaliser une œuvre dont il a défini préalablement la problématique, les matériaux, l'accrochage et le sens (cela va de soi) de son travail. Une analyse de son œuvre lui est demandée à chaque fois, afin d'évaluer l'écart entre l'intention initiale et le résultat concret dont il fait l'expérience empirique.

3_élèves médiateurs

Enfin, notre collaboration avec Radio campus sur les traces de « loisir créatif » va nous permettre de donner aux élèves la possibilité de rendre compte régulièrement de leur travail plastique et musical. D'une part, nous créerons un site spécialement pour ces élèves, dont nous seront les médiateurs, d'autre part, nous animerons avec eux les émissions de radio qui serviront de jalons à notre projet.



Évidemment, l'exposition de fin de recherche permettra de conclure de la plus belle façon cette année de laboratoire artistique.

  • 1 Confère notamment les articles suivants:

    -Cahier art et science de l’art n° 2, Costin Miereanu dir., « pourquoi pas une feuille de houx ? », L’Harmattan, np

    -Cahier art et science de l’art n° 3, C. Lahuerta dir., « Fade : comment envisager d’autres modalités d’apparition de l’objet sonore », L’ Harmattan, np.

    -Actes du colloque : Huitième congrès international sur la signification musicale : Gestes, formes et processus signifiants en musique et sémiotiques interarts, « Faire la peau… la musique au risque de la pensée plastique », np.

    -Ludivine Allegue Fuschini (dir.) , UNstant, « sky drum », np.

    -Cahier art et science de l’art n° 4, Gérard Pelé dir., « Pour un autre usage du temps, de nos yeux et de nos oreilles », L’ Harmattan, np.

    Et notre site http://free.fredlu.fr

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